Album photos,  journal de bord, raconter des petites histoires, dire deux ou trois mots, comme ça, comme ça vient, quand ils veulent bien sortir, parler de bateau, du bateau, du voyage...
Pour l'instant, les choses avancent et le départ est prévu pour juin 2017... A suivre !
Aujourd'hui Point à la Lune est   ici

Au petit matin, Michel au large de la Corse

Le projet 2017/2018...


Partir, c'est toujours une sorte de crépuscule... (extraits)

« Être seul en mer, choisir sa route, composer avec le vent et la vague en mesurant sa toile et fixant son cap, ne serait peut-être pas un plaisir complet s’il n’y entrait aussi un élément supplémentaire qui flatte un sixième sens, celui de la surprise. On ne s’ennuie jamais en mer puisqu’il n’y a pas d’horaires, seulement des jours, des nuits, des aubes, des crépuscules, des méridiennes, qui se succèdent et reviennent si naturellement que la durée semble immobile. En mer, il n’y a pas de « temps morts » : c’est le temps qui est mort. 

Ainsi les journées se datent et s’organisent dans notre mémoire au hasard des rencontres et la moindre d’entre elles est l’évènement. 

(…) Partir, quelle que soit l’heure, c’est toujours une sorte de crépuscule.

Derrière soi, le quai, la ville, les amis, la chaleur, la lumière. Devant soi, ce qui n’est pas connu. Pour un jour ou un mois, l’imprévisible, l’obscur, autrement dit, la nuit. Et arriver, quelle que soit l’heure, c’est toujours un peu une aube.

D’abord l’heure trouble qu’on ressentie tous ceux qui ont navigué. La nuit n’est pas encore venue mais le soleil est couché. On sent le froid à l’intérieur de soi. Parce qu’il fait moins chaud ? Non, parce qu’il fait plus sombre. C’est le moment du frisson imperceptible, de l’inquiétude vague, de la solitude, elle, plus précise et qui, un instant, pèse sur les épaules. Larguons les amarres du jour. Un léger pincement au cœur, comme quand le quai s’éloigne et que l’amarre tombée à l’eau est remontée à bord.

Voici maintenant venir la double traversée, celle de la mer et celle de la nuit. Les êtres de cette terre, les formes familières, les certitudes réconfortantes une à une s’estompent et disparaissent. Voici venir maintenant la double solitude, celle de la nuit et celle de la mer. »

 Jean-François Deniau - La mer est ronde - Éditions Gallimard (Folio)

« J’écoute les bruits de l’eau, je lis, je bricole de petites choses, je dors beaucoup. Mais tout le temps j’écoute les bruits de l’eau, quand je bricole, quand je dors, quand je ne fais rien.
Le baromètre baisse, mais c’est sans importance car tout est bien ici, toutes les choses ont retrouvé leur place naturelle.
Il y a une semaine, Joshua recoupait la longitude qu’il avait passée le 29 septembre (1968). Il était en route pour Bonne-Espérance et il voulait faire le tour du monde. Maintenant, il a fait le tour du monde et il est toujours en route pour Bonne-Espérance.
Il a fait le tour du monde… mais qu’est-ce que le tour du monde puisque l’horizon est éternel ? Le tour du monde va plus loin que le bout du monde, aussi loin que la vie, plus loin encore peut-être. Quand on entrevoit ça, on a un peu le vertige, on a un peu peur. Et en même temps ce qu’on entrevoit là est tellement…
Tellement quoi ? Je ne sais pas. Plus loin que le bout du monde…
Le coup de vent est passé au sud, assez loin d’après la houle qu’il a envoyé ici. Et dans notre secteur, la brise reste douce ou modérée, force 4 à 5. Nous longeons toujours le 40° parallèle en direction de l’orient. Le soleil se lève devant l’étrave et se couche dans son sillage, comme avant. La lune a bien grandi.
Rien n’a changé… L’espace et le temps n’existent absolument plus, comme une sorte de satellisation, avec l’horizon qui est toujours là, éternel. 
Je ne sais pas encore si j’essayerai de me faire signaler en approchant Bonne-Espérance, ou si je prendrai la sage route du sud, au large de tout. »

Bernard Moitessier - La longue route - Éditions Arthaud (J’ai Lu)

« Au vrai, dans le profond de ces secousses, de tous ces cris des choses, il y avait la confusion d’un, de plusieurs mauvais accouchements. Le destin s’agitait, il perdait la boule, sage-femme appelée par trop de délivrances. Rétroactivité de la douleur et des drames, tout se vivait à la fois. Les tempêtes les plus redoutables essuyées en mer par les pêcheurs de l’ouest rejoignaient les angoisses du monde. Mille chienneries et sauvageries vibraient dans ces drisses affolées, ces grincements et secousses des mâts, ce claquement de tourmentin, pauvre bête infiniment déchirable. Et cette coque soulevée par la course de l’onde, grimpant vers une montagne et sentant bientôt la pente qui se dérobe, et reglissant dans la ravine : symbole de la ténacité mais aussi de la misère, le supplice de la coupe et des lèvres.

Redevenu petite maquette sur les énormes dalles secouantes de l’océan, le dundee fuyait en ahanant, presque à court de toile, bousculé flagellé par son guide aérien.

(…) Une plâtrée d’eau, jetée par une truelle gigantesque. Elle s’abattit, pesa, tonna, claqua. La mer avait aussi des bruits de ciel. Des nuages s’amalgamaient aux vagues. Un cauchemar.

Peut-être avait-il cru apercevoir, dans un éclair, à droite et à gauche, des aigrettes de gerbes blanches qui arrivaient de l’arrière, elles couraient, détalaient en avant. Une déferlante, probable. Automatiquement, il avait baissé la tête. Il n’existait qu’un mouvement pour deux attitudes : l’homme qui se protège ; l’homme qui subit l’exécution par la hache. »
Henri Queffélec - Ils étaient six marins de Groix - Éditions Obnibus

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